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Soirée débat au cinéma Utopia

Co-organisée avec la juridiction et le Conseil de l’Ordre des avocats du Val d’Oise, cette soirée de débat à l’Utopia de Saint-Ouenl’Aumône a été le deuxième volet d’un cycle débuté en octobre avec le documentaire 10e chambre, instants d’instance de Raymond Depardon. Accompagnés d’un public toujours plus nombreux, les intervenants ont pu débattre sur l’état actuel de la situation carcérale.

Intervenants : Gérard Sebaoun (Député) – Yves Feuillerat (Directeur de maison d’arrêt) – Boujemaa Arsafi (DFSPIP 95) – Myriam de Crouy Chanel (Vice-Présidente du Service de l’Application des peines du TGI de Beauvais – Marie Alix Mauduit (Président de l’accueil des Familles des Détenus) – Odile Desquiret (Directrice du pôle Socio-Judiciaire à ESPERER 95) – Stéphanie Lasalle (Conseillère technique à la Fédération Citoyen et Justice)

Comment parler de prison sans prisonnier ? Demandez à Rachida Brakni. Si l’idée peut sembler saugrenue pour un Blockbuster Hollywoodien, on peut comprendre l’angle de l’actrice/réalisatrice tant la prison touche un cercle élargi de personnes. Car un jugement, c’est avant tout un condamné, mais aussi des familles innocentes qui doivent subir la singularité de cette situation.

Avec ce film, on découvre un périple émouvant d’une dizaine de femmes, parcourant les différentes salles d’une maison d’arrêt pour aller voir leur proche.

A travers ces personnages, plusieurs problèmes sont évoqués comme celui de la surpopulation carcérale, du délabrement ou de la récidive. Comme celui de Houria, une femme d’une cinquantaine d’années fréquentant la maison d’arrêt depuis 30 ans, d’abord pour son mari, puis pour son fils. Car il faut le savoir, 5 arrivants sur 10 sont des récidivistes, avec leurs petites habitudes et leurs amis. Une fois en prison, un détenu coûte en moyenne 100 euros par jour contre 50 pour un aménagement de peine.

En Suède, où le taux de détentions est l’un des plus bas d’Europe (44 pour 100 000 habitants, plus du double en France), tout est fait pour accompagner le détenu du point d’entré au point de sortie. Dans certains cas, on s’y prend même avant d’y entrer et on retrouve parmi ceux-là un taux de réinsertion (70%) battant tous les records. Cela est notamment à un effort particulier mis sur l’administration pénitentiaire. Si, en France, chaque conseiller d’insertion et de probation accompagne autour de 130 personnes, selon les syndicats, en Suède, c’est plutôt de 30 à 35. Les efforts financiers faits par le Royaume sont conséquents. Plus de 3% du budget national est alloué à la justice, contre 1,9% en France. Le budget de la justice par habitant est de 472 euros, contre 23 en France.

Qu’est ce qui empêche donc d’avancer ? La peur de l’échec. Si un détenu relâché plus tôt que prévu récidive, la justice est montrée du doigt. Cette justice que 85% de l’opinion publique juge trop laxiste. Cette justice abandonnée par les hautes instances. C’est le député Gérard Sebaoun qui témoigne : « Même pour des oreilles avisées, si vous saviez les horreurs que l’on peut entendre à l’Assemblé Nationale. » avoue-t-il lors de notre soirée débat. Sans rien dévoiler, il dit tout. Le mépris des élus qui s’inquiètent de l’incarcération, mais pas de la sortie. L’opinion publique qui bloque toutes tentation de changement. Au final, des tentatives d’humanisation de la prison telles qu’accorder des temps de téléphone avec les familles, (que les détenus ont déjà, mais illégalement), restent régionales. Et malheureusement, cette opinion publique qui entrave le mouvement se trouve être très mal informée. Car la France est l’un des pays les plus sévères d’Europe. La peine moyenne prononcée par les tribunaux augmente. En 2012 c’était 6,9 mois, en 2015 c’est 8,4 mois. Et sur la même période, le nombre de condamnations à de la prison ferme a augmenté, passant de 122.301 à 124.702.

Mais l’Opinion publique est partout pareille, et même dans le royaume suédois, la majorité pense que la justice est trop laxiste. C’est pourquoi le criminologue Henry Tham s’est penché sur la question avec une étude. Celle-ci montre que lorsque l’on demande à un citoyen de se mettre à la place d’un juge afin de prononcer une condamnation, après avoir écouté les tenants et aboutissants d’un procès, les peines étaient moins sévères que celles des juges, et beaucoup critiquaient la fermeté du juge.

Cette soirée de débat a été un moyen d’établir une discussion sur ces sujets avec des professionnels de tous les milieux, qui ont su chacun amener leur expertise. C’est pourquoi, plutôt que de raconter comment la soirée s’est agréablement passée, nous avons préféré mettre en avant les problèmes soulignés lors de cette soirée. Très prochainement, des vidéos de ce débat seront publiées afin de continuer d’approfondir le sujet. La prochaine soirée sera le 20 avril sur le thème des violences intra-murales.

Revivez la soirée débat « Justice/Prison/Réinsertion » à l’Utopia

Il est 21 heures dans le cinéma Utopia de Saint-Ouen L’aumône lorsque les lumières s’éteignent. Le documentaire de Raymond Depardon « 10e chambre, instant d’audience » démarre. Les séquences s’enchaînent, ponctuées par les rires et les discussions en catimini de la salle. 

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Afin de lire la critique du documentaire de Raymond Depardon « 10e chambre, instants d’audience« , cliquez-ici.

Une fois la toile terminée, la lumière revient et les trois intervenants de ce débat se présentent devant l’audience. Il s’agit du député Philippe Houillon, arrivé en retard pour cause de débat entre François Fillon et Alain Juppé, le bâtonnier de l’ordre Frédéric Zajac, et la présidente du tribunal de grande instance de Pontoise, madame Joly-Coz. Après une brève introduction de la part des hôtes de cette soirée, une première personne se rue sur le micro afin de lancer les hostilités.

La profession est abandonnée par les hommes

Si ce documentaire est âgé de 10 ans maintenant, les trois intervenants sont d’accord pour admettre que très peu de choses ont changé depuis, tout en saluant la maîtrise de la magistrate présente tout au long du documentaire. A partir de là, des questions plus concrètes sont posées. Existe-t-il des alternatives à la prison? Madame la Présidente insiste sur le fait que ce ne sont pas les alternatives qui manquent, mais les moyens de les mettre en oeuvre. Encore pire, elle déplore un abandon de la profession par les jeunes hommes, ce qui pose le problème de la parité du domaine. Monsieur le député confirme en balançant les chiffres, quelques 8 milliards sont mis dans le judiciaire, ce qui fait près de 2% du budget national.

Mais le clou de la soirée sera la tirade, le cri de colère d’une dame, se demandant comment la justice peut-être si expéditive dans certains cas, et si laxiste dans d’autres. Afin de s’expliquer, elle prend en exemple différents cas tel celui de l’ancien président Nicolas Sarkozy toujours en liberté alors qu’il n’a fallu qu’une nuit pour incarcérer les frères d’Adama Traoré.  La réponse, cinglante mais précise, ne se fera pas attendre. Si elle vous intéresse, vous pouvez voir les interventions de Madame la Présidente ainsi que de Monsieur Zajac sur la page Facebook d’ESPERER 95. Les questions continuent de fuser et seul l’heure tournante obligera les participants à rentrer chez eux. La prochaine soirée débat aura lieu le jeudi  2 février et aura comme thème : « les punitions alternatives », soyez présents.