La désormais ex-Fondation Abbé Pierre, renommée Fondation pour le Logement des Défavorisés, a organisé la 30e restitution de son rapport « L’Etat du mal-logement en France en 2025 ». Cette restitution dresse un panorama global du mal-logement en France. Elle propose également un focus inédit sur le mal-logement lié au handicap en référence aux 20 ans de la promulgation de la loi du 11 février 2005 relatif à l’inclusion des personnes en situation de handicap.
L’ENGORGEMENT DU LOGEMENT SOCIAL
Christophe ROBERT, délégué général de la fondation, alerte sur la baisse du nombre de constructions de logements neufs, passé de 124 000 en 2016 à 86 000 en 2024. Cette diminution ne permet pas de résorber les 2,7 millions de ménages en attente d’un logement social, un chiffre qui a doublé en 20 ans. Le rapport de la fondation laisse entrevoir une continuité dans cette dynamique, puisqu’à moyen terme elle prévoit une baisse à 72 000 logements neufs construits par an. Cette réduction s’accompagne d’une hausse des personnes en situation de précarité économique avec un décrochage des salaires par rapport à l’inflation, et une augmentation des dépenses des ménages de 1 200 euros, en euros constants, sur une année. En parallèle, la rotation des ménages dans le logement social a diminué rendant l’accès au parc locatif privé ou à la propriété plus difficile. À partir de ces éléments chiffrés, le rapport établit des liens entre cette situation et ses conséquences pour le secteur AHI, notamment l’augmentation du temps d’attente pour l’attribution d’un logement social pour les ménages en hébergement.
MODIFICATION AVORTÉE DE LA LOI SRU ET LOGEMENTS INTERMÉDIAIRES
Le gouvernement ATTAL, via Guillaume KASBARIAN, ministre délégué chargé du Logement, a exprimé la volonté d’inclure les logements locatifs intermédiaires (LLI) dans le décompte de la loi Solidarité et Renouvellement Urbain (SRU). Cette loi s’applique « aux communes dont la population est au moins égale à 3 500 habitants (1 500 habitants en Île-de-France) qui sont comprises, au sens du recensement de la population, dans une agglomération ou un EPCI de plus de 50 000 habitants comprenant au moins une commune de plus de 15 000 habitants. »*. Le rapport émet des réserves sur les conséquences potentielles de cette modification. En effet, les logements intermédiaires ne ciblent pas le même public que les locataires de logements sociaux. La fondation pour le Logement des Défavorisés souligne l’inadéquation entre l’offre de LLI, le public visé et le public demandeur. Les loyers et les plafonds de ressources s’adressent à un public qui se tourne principalement vers le logement locatif privé, ou l’accession à la propriété en raison de leurs moyens économiques, tandis que les ménages les plus précaires représentent la majorité des ménages en attente de logements sociaux. Selon le rapport, « sur les 2,7 millions de ménages en attente d’un logement social, 71 % sont sous les plafonds PLAI (prêt locatif aidé d’intégration), c’est-à-dire gagnent moins d’un SMIC pour deux, par exemple pour un couple, avec des problématiques de mal-logement bien plus graves que celles des ménages en attente d’un LLI ». La fondation ne s’oppose pas au développement des LLI, mais souhaite que ces logements viennent en supplément de la construction de logements sociaux.
HÉBERGEMENT
La restitution de ce rapport a été l’occasion pour la fondation d’exprimer des inquiétudes face à la réduction de 6 500 places d’hébergement à destination des demandeurs d’asile, et au nombre moyen de 6 000 demandes non pourvues par les 115 au niveau régional chaque jour, sur l’année 2024. Cela risque d’accroitre les difficultés des ménages à obtenir une mise à l’abri au 115 et/ou en hébergement d’urgence.
Pour répondre à cette problématique, la fondation demande une ouverture des locaux vacants qui appartiennent à l’État, ainsi que la création de nouvelles places d’hébergement sur la base des besoins du secteur AHI. Le rapport évoque également les conditions de vie des personnes en situation de handicap dans les structures d’hébergement d’urgence, répondant à leurs besoins en termes d’aménagement et d’accompagnement social et/ou médico-social.
FOCUS LOGEMENT ET HANDICAP
Un changement significatif a été apporté aux critères définissant une personne en situation de mal-logement incluant désormais l’inadéquation entre logement et handicap. Cela concerne 5% (220 000 personnes) des personnes porteuses d’un ou plusieurs handicaps en France. Cette modification, alignée avec la loi DALO, permet de considérer les personnes en situation de handicap occupant un logement inadapté comme ménage prioritaire. Cependant, seulement 641 relogements ont été effectués pour 12 000 demandes, malgré la priorité donnée à ce public.
Les problématiques rencontrées par les personnes en situation de handicap dans le champ du logement sont multiples. L’inadéquation entre l’adaptation des logements et la diversité des formes de handicap est une des principales difficultés. Initialement, la loi prévoyait que l’intégralité des nouvelles constructions de logements sociaux devaient être accessible à ces publics. Depuis la loi ELAN de 2018, le quota a été revu à la baisse. Seulement 20% des nouvelles constructions doivent être accessibles aux personnes en situation de handicap, contre 100 % auparavant. Odile MAURIN, fondatrice de l’association Handi-social, revient sur cet élément en proposant de rendre les logements adaptables, et non seulement accessibles, pour améliorer les conditions de vie des personnes en situation de handicap et en favorisant l’accès à tous types de logements.
Le taux de pauvreté des personnes en situation de handicap est de 26 % contre 14% pour la population générale. Cette précarité économique complique l’accès à un logement social digne, malgré les aides sociales qui ne couvrent d’ailleurs pas l’intégralité des dépenses. Dans le parc locatif social, la demande d’adaptation d’un logement réduit de 14 % les chances d’obtention d’un logement. Ces obstacles s’accumulent, rendant le parcours locatif des personnes en situation de handicap particulièrement complexe.
LES PROPOSITIONS DU GOUVERNEMENT
L’échange entre Christophe ROBERT et Valérie LÉTARD, ministre du Logement et de la Rénovation Urbaine, a permis à cette dernière de présenter son plan d’action pour répondre aux problématiques soulevées par le rapport. Elle insiste sur la nécessité d’une action globale, avec deux axes principaux : le traitement des situations urgentes avec une réponse immédiate du 115 et l’ouverture de places ciblées en faveur des personnes victimes de violences et des grands marginaux. Enfin, la ministre veut renforcer l’accompagnement social autour du plan quinquennal du Logement d’Abord.
PISTES D’AMÉLIORATION/PROPOSITIONS DU RAPPORT
La présentation du rapport est aussi l’occasion pour la fondation d’émettre des recommandations pour favoriser l’accès des personnes en situation de handicap à un logement adapté. Elle propose une revalorisation de l’Allocation Adultes Handicapés (AAH) à minima au niveau du seuil de pauvreté afin d’accroitre l’autonomie financière de ce public. Pour les locataires du parc privé ou les propriétaires occupants, le rapport émet le souhait de voir une augmentation de la Prim’ADAPT, qui couvre une partie des frais liés aux aménagements nécessaires pour favoriser le maintien à domicile. Une autre proposition est de revenir sur le quota de 100% de logements accessibles comme ce fut le cas avant 2018 et la loi ELAN. La fondation encourage l’État à porter une dynamique de désinstitutionalisation des publics porteurs de handicaps en favorisant leur autonomie et leur maintien dans les procédures de droit commun.
Odile MAURIN propose que les nouvelles constructions soient adaptables pour répondre aux multiples formes de handicaps existants, permettant ainsi l’insertion sociale des personnes handicapées. La modularité des espaces au sein d’un bâtiment permet de faciliter la flexibilité d’un logement par rapport aux handicaps des personnes et de répondre aux nouvelles problématiques liées à l’évolution d’un handicap. Ces constructions sont composées de plusieurs alvéoles qui forment le bâtiment. Une alvéole correspond à un studio. La technique de construction permet d’assembler ou séparer les alvéoles selon les besoins des ménages. Didier BOULIN, président de Crescendo, promoteur immobilier, explique que « classiquement, tout est noyé dans le béton, donc la moindre modification nécessite de tout détruire. Là tout sera accessible en filière sèche. Les occupants pourront recréer ou déplacer les pièces d’eau, les toilettes ou la cuisine ». Si l’adaptabilité est pensée lors de la construction, elle n’entraine qu’un surcoût de 1% en comparaison avec les constructions actuelles. Or, les adaptations pour une personne handicapée dans le bâti actuel fait grimper les coûts, ce qui peut expliquer que les chances d’obtention d’un logement pour une personne handicapée demandant une adaptation d’un logement baissent de 14%. Ces techniques de construction constituent un levier sur les freins économiques et favorisent l’accession aux logements des personnes en situation de handicap.
Téléchargez le 30e rapport sur « L’état du mal-logement en France 2025 », de la Fondation pour le Logement des Défavorisés en cliquant ici
Téléchargez le rapport « État du mal logement 2025 – Handicap et logement, quels leviers pour le respect des droits fondamentaux des personnes handicapées? » d’Handi’social et Odile MAURIN, en cliquant ici.

Depuis 2020, Linkee – Entraide Étudiante coordonne chaque année une enquête sociologique sur les étudiants en précarité alimentaire. En 2024, cette étude a été réalisée auprès de 22 000 étudiants participant à ses distributions.
Pour télécharger l’étude, cliquer ici.
Conformément à la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel de septembre 2018, les entreprises doivent publier chaque année leur « Index d’égalité professionnelle femmes-hommes » pour démontrer leurs résultats en matière d’égalité salariale.
Pour l’année 2024, ESPERER 95 est fier d’annoncer un score de 97 points sur 100.
Cet index est calculé à partir des indicateurs suivants :
– Écart de rémunération femmes-hommes (37/40 pts) ;
– Écart dans les augmentations annuelles (20/20 pts) ;
– Écart dans les promotions (15/15 pts) ;
– Augmentations après un congé maternité (15/15 pts) ;
– Part des femmes dans les 10 plus hautes rémunérations (10/10 pts).
Chez ESPERER 95, nous nous engageons à maintenir et à renforcer notre politique de ressources humaines dans une logique d’égalité professionnelle.
Le 19 novembre 2024, l’hôtel d’Agglomération de Cergy a accueilli la Coordination Territoriale Semestrielle du SIAO 95, organisée autour de la thématique « Vieillissement et Précarité, Quelles perspectives de prise en charge dans le Val-d’Oise ? ».
Dans un contexte d’accélération du vieillissement de la population (en 2030, un Français sur trois aura plus de 60 ans) les défis liés à la prise en charge et au maintien de la qualité de vie de nos ainés sont nombreux : perte d’autonomie, isolement, accès à un lieu de vie adapté, … La loi n° 2024-217 portant mesures pour bâtir la société du bien vieillir et de l’autonomie, proclamée le 8 avril dernier, entend y répondre. Cependant, qu’en est-il des personnes en situation de rue ou hébergées en structure ? Comment accompagner ce public qui vieillit prématurément en raison de parcours d’errance parfois traumatiques ? Les structures de l’AHI sont-elles adaptées et les professionnels sont-ils formés pour répondre à leurs besoins spécifiques ?
Accueillie par Keltoum ROCHDI, adjointe au Maire de Cergy, et Véronique PELISSIER, directrice du SIAO 95, une centaine d’acteurs du territoire (organismes de l’AHI et du médico-social, services de l’État, collectivités…) est venue échanger et s’informer lors des 3 temps forts de cette rencontre.
Caractéristiques du public sans chez-soi vieillissant et solutions de prise en charge dans le Val-d’Oise : l’observation sociale du SIAO 95
Les parcours d’errance et les profils des personnes vieillissant sans domicile sont multiples et en évolution. En plus des grands marginaux, connaissant la rue depuis toujours, on observe l’émergence d’un nouveau public basculant tardivement dans la précarité. Grâce aux nouveaux dispositifs d’accompagnement déployés, leur espérance de vie tend à s’allonger, laissant supposer une possible augmentation de ce public dans les prochaines années. Malgré tout, au regard de leurs conditions de vie (errance, retards d’accès aux soins, problématiques d’addiction, violences subies…), les personnes à la rue vieillissent et meurent prématurément (elles ont une espérance de vie de 48 ans et 8 mois, soit 30 ans de moins que le reste de la population ). Face à ce constat, le SIAO 95 a mené une étude centrée sur les personnes âgées de 50 ans et plus, sur la base des données recueillies entre septembre 2023 et août 2024.
Analyse des données du 115 : un public vieillissant en grande précarité
Sur l’année de référence, 533 personnes de plus de 50 ans ont contacté la plateforme 115 :
✔️ 75% ont entre 50 et 60 ans et 25% ont + de 60 ans ;
✔️ 59% sont des hommes et 41% des femmes ;
✔️ 54% sont des isolés ;
✔️ 1/3 déclare avoir des papiers en cours de validité et des ressources.
Ces 533 personnes totalisent, sur l’année, 7 743 demandes de mise à l’abri :
✔️ 80% proviennent de personnes entre 50 et 60 ans, majoritairement en famille ;
✔️ 20% proviennent de personnes de plus de 60 ans, majoritairement isolées.
Ces résultats sont à mettre en perspective avec le système de priorisation du 115, plus favorable aux familles avec enfant(s). Malgré tout, 72% de ces demandes n’ont pas été pourvues, par manque de places compatibles avec la composition familiale ou l’absence de place disponible lorsque le socle journalier était atteint (le 115 du Val-d’Oise mettant plus de 2 000 personnes à l’abri chaque soir). En complément des places à l’hôtel, il existe quelques places en abri de nuit et « maraudes », principalement à destination des isolés.
L’hôtel : une solution en question
Véronique PELISSIER a souligné les limites de l’hôtel comme solution de mise à l’abri pour ce public vieillissant. Si cette option peut offrir un répit lors d’une prise en charge humanitaire, elle n’est pas adaptée aux besoins de stabilisation des personnes isolées. Celles-ci sont alors orientées vers des chambres partagées où l’on sait que la cohabitation peut générer des conflits ou amplifier les symptômes liés au vieillissement.
Un focus sur les chambres « PMR » (personnes à mobilité réduite) a révélé leur insuffisance dans le Val-d’Oise : 77 chambres offrant 218 places. Cependant, les besoins du public vieillissant ne se limitent pas aux problèmes de mobilité. Des difficultés connexes (cognitives, psychologiques, psychiatriques) et celles liées aux pathologies chroniques existent et nécessitent également des infrastructures spécifiques, telles que des chambres adaptées (salle de bain en chambre) ou individuelles, actuellement quasi inexistantes.
Il est à noter également que plus de la moitié de ces 533 demandeurs n’avait pas de demande d’insertion SI-SIAO active au 31/08/2024, laissant supposer qu’ils n’avaient pas sollicité ou pu obtenir de suivi social.
Données d’insertion : des pistes d’amélioration
Sur l’année, 1 126 ménages avec un demandeur principal de plus de 50 ans ont déposé une demande d’insertion. Au 31 août 2024 :
✔️ 34% avaient été annulées (non-adhésion à l’accompagnement social, solution trouvée par le ménage ou non-actualisation de la demande dans les six mois impartis), impliquant la perte d’ancienneté pour les ménages ;
✔️ 22% étaient à compléter ou à actualiser. Bien qu’actives, ces demandes ne peuvent être étudiées tant qu’elles ne sont pas complétées ;
✔️ 35% étaient complètes et en attente d’orientation ;
✔️ 9% ont abouti à une admission des ménages sur un dispositif d’hébergement/logement.
Caractéristiques des publics en demande
✔️ 8% des demandeurs principaux sont en situation irrégulière, ce qui pose la question des dispositifs adaptés à leur prise en charge : de nouveaux types d’établissements ou une adaptation des structures existantes (notamment les CHU) avec des moyens et un personnel formé semblent indispensables ;
✔️ Bien que 67% de ces ménages soient sans chez-soi au moment de la création de la demande d’insertion, seuls 18% ont sollicité le 115. Cela s’explique par la part importante d’isolés parmi les demandeurs ;
✔️ Si 64% des ménages en attente de proposition disposent de ressources, l’information est manquante pour les 36% restant, limitant les possibilités d’orientation ;
✔️ L’hébergement d’urgence, les CHRS et les résidences sociales ont accueilli 71% des ménages admis cette année. Ils regroupent à eux-seuls 80% des ménages ayant un demandeur principal de 50 ans et plus. Cela pose la question de l’adaptation du dispositif aux besoins spécifiques du public vieillissant et/ou de la pérennisation de la prise en charge. En cas de problématiques de santé, les personnes peuvent être orientées en LHSS, ACT, LAM ou encore en EHPAD, dans la mesure où ils disposent d’un droit au séjour.
En conclusion, ce diagnostic territorial met en évidence la nécessité d’adapter les dispositifs d’hébergement et d’insertion aux besoins spécifiques du public vieillissant sans chez-soi, tant en termes de capacité que de qualité de l’accompagnement.
Le manque de places adaptées impacte les gestionnaires et les professionnels accompagnant ce public.
Pour en savoir + :
Retrouvez l’ensemble des indicateurs présentés lors de cette rencontre, en cliquant ici
Constats, problèmes et solutions mises en œuvre par les professionnels de terrain
Jean-Baptiste GOUJON, coordinateur de l’équipe mobile de la Croix-Rouge Française, organise des maraudes tous les soirs auprès d’un public sans abri invisible. Parmi la centaine de personnes rencontrées quotidiennement, certaines ont entre 50 et 70 ans, parfois même au-delà, avec un long parcours de rue, des problèmes de santé, de mobilité et/ou montrant des signes de sénilité (incontinence, manque d’hygiène, perte de repères). La situation sanitaire de ces personnes peut représenter un frein pour leur prise en charge et leur accueil au sein d’un hébergement. Si les équipes de la Croix-Rouge Française ont déjà mis en place des solutions (aide à la prise de douche avant l’orientation, coordination avec les structures pour adapter l’accompagnement et faciliter le maintien à l’abri, …) Jean Baptise GOUJON insiste sur les besoins de :
✔️ formation des professionnels au transport des personnes à mobilité réduite et l’accompagnement à l’hygiène ;
✔️ adaptation de chambres à la perte d’autonomie dans les structures d’accueil d’urgence ;
✔️ intervention d’auxiliaires de vie ou de partenaires spécialisés pour faciliter la prise en charge.
Marie-Joe DUBO, Directrice du pôle Veille sociale à ESPERER 95, intervient en qualité de gestionnaire de structures de veille sociale. Notant l’augmentation du nombre de personnes isolées et vieillissantes présentant des pathologies associées, elle souligne la difficulté à accompagner ce public de moins en moins autonome avec des signes de sénilité, d’addictions, d’incontinence, voire de maladies psychiques. L’autre difficulté notée est le manque de dispositifs accessibles aux publics en situation administrative non régulière, limitant les perspectives de prise en charge dans les Centres d’Hébergement d’Urgence.
Madame DUBO constate également :
✔️ le manque de formations des professionnels et la nécessité de mettre en place des équipes pluridisciplinaires au sein des structures, pour une approche plus globale et un accompagnement coordonné afin de répondre à l’ensemble des besoins ;
✔️ l’importance d’une coordination de l’ensemble des partenaires.
Léa LALOUX, assistante sociale au CCAS de Cergy intervenant au sein de la mission des personnes sans domicile fixe, abonde les propos précédents, soulignant le manque de prise en charge possible face à la problématique psychique, mais aussi l’insuffisance de personnels dans les hôpitaux ajoutant à la difficulté d’accompagner ces publics non soignés. La présence d’une équipe pluridisciplinaire, avec un psychiatre et des infirmières, est indispensable dans ce travail d’accompagnement vers le soin.
Fatima GOURTI, responsable du Développement social à la Direction territoriale du Val-d’Oise d’Adoma, souligne que le sujet du vieillissement est devenu central au sein de son organisation. Pour ce bailleur gestionnaire de 3 000 logements et près de 600 places d’hébergement sur le territoire, les plus de 60 ans représentant 1/3 du public logé (soit 900 personnes). Parmi eux, ceux vieillissant en Foyers de Travailleurs Migrants (FTM) nécessite une vigilance particulière. Aux problématiques classiques liées à l’âge, s’ajoutent les difficultés spécifiques de ce public issu de l’immigration :
✔️ isolement familial et social ;
✔️ précarité financière ;
✔️ difficultés administratives complexes, accentuées par la dématérialisation ;
v problèmes d’accès aux droits et aux soins.
La réhabilitation progressive des FTM en résidences sociales complexifie la prise en charge d’une partie de ce public et nécessite un accompagnement favorisant :
✔️ l’adaptation à la vie en logement autonome ;
✔️ la prise en charge et l’entretien du logement ;
✔️ l’acceptation des aides à domicile.
Pour permettre le maintien à domicile et l’accompagnement de ce public vieillissant, Adoma coordonne son action avec les partenaires locaux et met en place des projets « Bien vieillir » et des actions conventionnées (ARS, CPAM, …) au sein des établissements. Pour conclure, Fatima GOURTI note :
✔️ le besoin de pérennisation des projets mis en place, afin apporter des réponses durables ;
✔️ le manque de dispositifs d’aller-vers accessibles aux structures de logement intermédiaire ;
✔️ le besoin d’interconnaissance entre les différents partenaires et les dispositifs existants.
Clotilde HOPPE, Chargée de mission Santé, Asile-Réfugié-Droit des étrangers à la Fédération des Acteurs de la Solidarités (FAS), a clôturé cette première table ronde. S’appuyant sur le plaidoyer « Vieillissement et Précarité » rédigé conjointement par la FAS et la FEHAP (Fédération des Établissements Hospitaliers et d’Aide à la Personne privés solidaires), elle a noté :
✔️ la nécessité de favoriser pour les personnes vieillissantes en situation de précarité, en particulier celles en situation irrégulière :
o l’accès aux soins ;
o le recours aux aides départementales.
✔️ l’importance de veiller au respect de la dignité, en facilitant :
o l’accompagnement vers l’EHPAD, via l’action des Missions Interface ;
o l’accès aux soins en structure, via le renforcement des équipes mobiles médico-sociales, en particulier sur le volet psychique.
Plusieurs pistes d’amélioration ont également été évoquées :
✔️ le financement de postes d’infirmières coordinatrices ;
✔️ la création de places d’hébergement spécifiques au sein des EHPAD ;
✔️la coopération entre les différentes structures de soins, pour permettre à ce public l’accès aux droits communs ;
✔️la formation des acteurs, avec le lancement d’un travail autour des aides à domicile, la fin de vie ou encore la mise en place de formations destinées au secteur médico-sociale personnes âgées.
Clotilde HOPPE conclut en précisant que l’enjeu est de construire des parcours communs permettant de mieux prendre en charge les personnes en situation de précarité.
Pour en savoir + :
Retrouvez Le plaidoyer actualisé, en cliquant ici
Lors des échanges avec la salle, divers problématiques ont été soulevées :
✔️ faute de solutions d’orientations adaptées, le LHSS de Pontoise prolonge parfois la prise en charge des personnes de plus de 70 ans, afin de leur éviter un retour à la rue ;
✔️ lors de l’accompagnement des grands marginaux nécessitant une prise en charge en EHPAD, le cumul « addictions » et « vie à la rue » vient complexifier l’orientation (pour rappel, l’entrée sur ce type de dispositif est conditionnée par une situation administrative régulière). Pour les bénéficiaires refusant d’intégrer ce type d’établissement, le travail de collaboration avec les mandataires judiciaires est précieux ;
✔️ Patricia LAMARRE, attachée d’administration à l’ARS IDF-95, précise qu’une expérimentation va être lancée en Seine-St-Denis, avec la création d’un LAM de 40 places destiné aux personnes en situation de précarité, mais dont l’état de santé nécessiterait une prise en charge en EHPAD. Selon les résultats, le dispositif pourrait être déployé sur le reste de l’Île-de-France. Par ailleurs, divers actions et projets sont en cours sur cette problématique (colloque régional avec les professionnels des EHPAD sur les modalités d’accueil des personnes en situation de rue, publication d’un guide et d’outils d’intervention, …).
Afin de faciliter l’adaptation les actions de l’ARS-IDF à la réalité du territoire, les acteurs de l’AHI sont invités à faire remonter leurs problématiques (cf. Enquête « Vieillissement et précarité : difficultés et besoins des acteurs de l’AHI du Val-d’Oise » du SIAO 95 accessible en cliquant ici).
2. Aides départementales mobilisables
Raphaèle MAKOWIECKI, cheffe de service Information et Soutien à Domicile Pour Personnes Agées au Département du Val-d’Oise, a présenté les trois principales prestations destinées aux séniors : l’aide personnalisée d’autonomie à domicile (APAD), l’aide personnalisée d’autonomie en établissement (APAE) et l’aide sociale d’hébergement (ASH).
Si chacune de ces aides a ses propres critères d’éligibilité, elles sont toutes contraintes à :
✔️ un droit au séjour ;
✔️ l’acquisition d’un « Domicile de Secours (DS) » par une résidence ininterrompue de 3 mois, permettant de déterminer le département financeur.
L’autre notion évoquée est celle des GIR (groupe iso-ressources) correspondant aux niveaux de perte d’autonomie d’une personne âgée. Il existe six GIR : le GIR 1 est le niveau de perte d’autonomie le plus fort et le GIR 6 le plus faible. Un GIR de 1 à 4 permet de bénéficier de l’APA.
Claudie JOUBERT, responsable des équipes médico-sociales de l’APA du Département du Val-d’Oise, a fait un point sur la tarification en EHPAD et les éléments pris en charge. Deux aides financières sont mobilisables :
✔️ l’APAE : son montant, fonction du niveau GIR de la personne, est directement versé à l’établissement ;
✔️ L’ASH : l’aide est fonction des ressources du demandeur, de son conjoint et/ou de ses obligés alimentaires.
En complément de cette présentation, Raphaèle MAKOWIECKI propose la mise en place de réunions d’informations, à destination des professionnels du secteur, sur les aides départementales consacrées aux séniors et leurs modalités de sollicitation.
Lors des échanges avec la salle, une question a été posée sur le cumul possible de l’APA (Aide Personnalisé à l’Autonomie) et de la PCH (prestation de compensation handicap). Il est en effet envisageable en fonction des situations, l’APA ne prenant pas tous les frais en charge, alors que la PCH (versée tant que la personne est en activité professionnelle) permet de financer l’aide humaine. À noter que dans certains cas, la PCH peut être plus intéressante pour les séniors que l’APA.
Pour en savoir + :
Retrouvez la présentation des différentes aides départementales, en cliquant ici
3-Présentation de solutions et initiatives innovantes
La dernière table ronde a réuni 3 intervenants d’horizons différents, pour évoquer les solutions et initiatives innovantes dans la prise en charge des personnes vieillissantes. Il s’agit de Sami CHAYATA, Directeur de l’Ingénierie sociale « Bien vieillir, lien social, citoyenneté » de l’ADEF Habitat, Thomas BAUDE, Responsable de la Mission Interface au Samu Social de Paris et Patrick DELARUE, Directeur de l’EHPAD François 1er à Villers-Cotterêts.
Sami CHAYATA a préalablement présenté les actions de l’ADEF, organisées autour de 7 établissements sur le Val-d’Oise, principalement des FTM connaissant un vieillissement, tant des murs que du public accueilli.
Parmi le public logé, ce sont principalement des personnes seules, dont 75% sont des hommes ayant une moyenne d’âge de 57 ans. A noter que 13% d’entre eux ont plus de 70 ans et sont confrontés aux difficultés déjà évoquées dans leur quotidien.
À ce titre, l’ADEF a engagé une réflexion pour assurer la prise en charge des personnes âgées présentent au sein de leurs établissements. A travers le Programme « Parcours Bien vieillir », action financée par le PRIF, l’ADEF a impulsé une stratégie sur la question du vieillissement autour d’une veille sociale et sanitaire, la professionnalisation des équipes et le lancement d’un travail avec des partenaires du secteur. L’objectif est d’envisager les orientations possibles vers des structures adaptées, selon les situations, le parcours de vie et le degré de perte d’autonomie des personnes suivies.
Pour en savoir + :
Retrouvez la présentation de l’action d’ADEF Habitat, en cliquant ici
Intervenant en appui des travailleurs sociaux, la Mission Interface du Samusocial de Paris vise à améliorer l’accès des personnes âgées relevant de l’AHI vers un logement adapté et pérenne. Présenté par son responsable, Thomas BAUDE, le dispositif coordonne différentes actions auprès :
✔️ des personnes âgées :
– élaboration du projet de sortie en fonction de la situation de la personne, de ses souhaits et de l’offre existante ;
– accompagnement vers le changement (visites de projection…) ;
– suivi et médiation après l’entrée dans le nouvel établissement.
✔️ des professionnels de l’AHI et des « personnes âgées » afin de :
– favoriser la connaissance des dispositifs ;
– lever les freins à l’accueil de ce public ;
– sensibiliser aux questions de la fin de vie (petits-déjeuners « fun-éraire »).
Patrick DELARUE dirige l’EHPAD François 1er, spécialisé dans l’accueil des personnes en situation de précarité depuis plus de 200 ans. Parmi les craintes du secteur « personnes âgées » pour la prise en charge de ce public, il note les :
✔️ Peurs juridiques (vols, agressions, …) ;
✔️ Problématiques sociales accentuée.
Pour lever ces craintes, l’action de la Mission Interface est fondamentale. Elle permet de :
✔️ s’assurer que la personne adhère au projet de la structure ;
✔️ faciliter la connaissance de la personne et d’anticiper d’éventuelles difficultés ;
✔️ simplifier la vie dans l’établissement via son suivi et sa médiation.
Ainsi pour favoriser la prise en charge pérenne et adaptée des personnes vieillissantes en situation de précarité, Patrick DELARUE invite les établissements médico-sociaux à se faire aider par la Mission Interface ou à venir en immersion au sein de son établissement.
Conclusion
Véronique PELISSIER clôt la journée en soulignant le manque de solutions, malgré les initiatives proposées, surtout pour les personnes sans papier, et l’adaptation nécessaire des structures de l’AHI pour sortir des dispositifs vers des lieux appropriés, en tenant compte du vieillissement du public de la rue.
Enfin, elle a bien noté la nécessité de faire remonter les besoins en termes d’accompagnement de ces publics, avec la mise en place d’une coordination des acteurs portée par le SIAO.
Suite à la CTS du 19 novembre 2024, le SIAO 95 lance une enquête afin de recenser les difficultés et besoins des organismes valdoisiens intervenant auprès des publics vieillissant en situation de précarité.
Destinée aux acteurs de la veille sociale et de l’insertion, cette étude se décline en 2 volets :
✔️ Volet 1 : difficultés et besoins des professionnels de terrain ;
✔️ Volet 2 : difficultés et besoins des responsables de structure.
Les résultats de cette enquête seront transmis à l’ARS-IDF, la DDETS du Val-d’Oise et diffusés en fin de 1er semestre 2025.
Participez à l’enquête volet 1,
en cliquant ici
Entré en vigueur au 1er janvier 2024, le Cadre unifié d’intervention des SIAO et de suivi de leur activité en Île-de-France aborde l’ensemble des missions des SIAO franciliens, de la prise en charge par le 115 aux orientations et sorties d’hébergement. Il vise à consolider et améliorer la prise en charge et l’équité de traitement des demandes des usagers dans un contexte interdépartemental.
Les principaux objectifs sont les suivants :
✔️ remettre les ménages au centre du dispositif afin de garantir leur visibilité ;
✔️ formaliser la prise en charge 115, afin que celle-ci soit plus claire pour les appelants ;
✔️ assurer une évaluation sociale approfondie dans de courts délais ;
✔️ soutenir les SIAO dans leur mission de suivi du parcours des ménages sans domicile vers des solutions adaptées et clarifier les rôles de chacun.
Afin de fixer les modalités communes de fonctionnement, divers groupes de travail inter-SIAO se sont déroulés tout au long du premier semestre 2024. Ils ont notamment permis de définir une grille régionale de priorisation des mises à l’abri (basée sur le niveau de vulnérabilité des ménages), ainsi que la durée des 3 types de prise en charge fixés par le cadre unifié :
✔️ humanitaire : mise à l’abri de 7 jour ;
✔️ initiale : mise à l’abri prévue pour 1 mois ;
✔️ stabilisation : sans date de fin.
Par ailleurs, dans la continuité des recommandations du Cadre Unifié, le SIAO 95 a lancé sa cellule mobile SIAO-115 le 1er octobre dernier. Composée de 4 travailleurs sociaux et d’une coordinatrice, elle intervient auprès des ménages mis à l’abri en prise en charge initiale par le 115. Elle a pour missions :
✔️ d’évaluer la situation du ménage, via une évaluation sociale approfondie au sens de l’instruction de mars 2022 ;
✔️ de préconiser une orientation adaptée, ou a minima un accompagnement si la personne en exprime le souhait.
Après avoir réalisé une évaluation approfondie des ménages rencontrés au sein des hôtels 115 du département, les travailleurs sociaux de la cellule mobile SIAO-115 créent une demande d’insertion SI-SIAO ou se mettent en lien avec le référent du ménage, afin de mettre à jour les informations dans le logiciel. Il est important de préciser que les travailleurs sociaux de cette cellule n’ont pas pour mission de délivrer un accompagnement social. Ils permettent uniquement la réalisation d’une évaluation sociale, à travers un ou deux rendez-vous durant la prise en charge initiale. En l’absence de référent, les ménages seront orientés vers les travailleurs sociaux de secteur.
Le 115 reste l’acteur principal de la mise à l’abri des usagers : c’est par le diagnostic des travailleurs sociaux écoutants que les ménages sont placés en prise en charge initiale. La cellule mobile étant le prolongement du 115, les deux services coordonnent leur action auprès des ménages.
Depuis son lancement, la cellule mobile SIAO-115 a réalisé 34 diagnostics approfondis parmi les 54 ménages (193 personnes) bénéficiant d’une prise charge initiale et ont permis l’orientation de 3 ménages vers des dispositifs adaptés. L’activité de cette nouvelle cellule va s’accroitre ces prochains mois, permettant à davantage de ménages de jouir pleinement de leurs droits.
La Cour des comptes a publié le 1er octobre dernier son rapport intitulé “Les relations entre l’État et les gestionnaires de structures d’hébergement”. Ce dernier met en lumière le développement massif de l’hébergement des personnes sans-abri depuis le début des années 2000, avec un triplement des crédits de l’État, atteignant 3,2 milliards d’euros en 2023, pour financer 334 000 places. Ce dispositif est divisé entre l’hébergement d’urgence pour toute personne en situation de détresse (piloté par la Délégation à l’hébergement et à l’accès au logement – Dihal) et l’hébergement des demandeurs d’asile (piloté par la Direction Générale des Etrangers en France – DGEF). En 2023, l’État a versé des crédits à plus de 1 100 organismes gérant près de 3 000 établissements. La majorité d’entre eux est gérée par des associations. Cependant, il est à noter que les deux premiers organismes à bénéficier de ces crédits sont le Samu Social de Paris, constitué en GIP (groupement d’intérêt public) et ADOMA, Société d’Economie Mixte. Les 10 suivants sont des associations telles que Coallia, la Croix-Rouge française, Aurore, …
Face à la croissance des besoins, l’État a renforcé son pilotage, notamment avec la création des Services intégrés d’accueil et d’orientation (SIAO) en 2011 et le développement d’outils de suivi. Cependant, le rapport pointe des limites persistantes, comme l’insuffisance de moyens pour contrôler la qualité des prestations des associations, ou la gestion trop centralisée par subventions annuelles, souvent précaires.
La Cour des Comptes distingue dans son rapport la coexistence de deux stratégies distinctes. La première « d’accueil et de répartition des demandeurs d’asile sur le territoire » et la seconde offrant une « orientation générale en faveur du logement d’abord » sans y traiter de manière spécifique le segment le plus dynamique, relatif à l’hébergement dit « d’urgence ». Elle en qualifie la gestion de l’hébergement d’urgence comme temporaire et imprévisible malgré l’intensification des flux de personnes à héberger. Le recours à des subventions annuelles et à l’hébergement d’urgence, souvent moins accompagné socialement, aurait limité la maîtrise budgétaire.
Selon la Cour des Comptes, l’État devrait désormais mieux contrôler la qualité des prestations, harmoniser la gestion entre les différents segments de l’hébergement et transformer les places d’hébergement d’urgence en places plus pérennes, c’est-à-dire en ESSMS (établissements et services sociaux et médico-sociaux). Des efforts seraient en cours pour améliorer la coordination, réduire l’usage des nuitées hôtelières et renforcer les exigences de qualité vis-à-vis des gestionnaires.
L’équipe du SSD du Territoire Départemental d’Action Sociale d’Herblay-Sur-Seine a organisé le 17 octobre 2024 une journée de sensibilisation autour des violences au sein du couple : « Mieux se connaître pour agir auprès des personnes victimes de violences conjugales »
L’objectif de cette rencontre était de favoriser les échanges entre les professionnels intervenant auprès des personnes victimes de violences conjugales et de renforcer leurs connaissances sur ce phénomène, notamment au travers de deux axes :
✔️ les impacts psychologiques et comportementaux des victimes, co-victimes1 et agresseur, ainsi que leur prise en charge ;
✔️ les différents acteurs et dispositifs existants spécialisés dans la prise en charge des personnes victimes de violences conjugales dans le domaine juridique, du soin et de l’hébergement.
Cette journée a également été l’occasion de présenter le Pack Nouveau Départ (PND) déployé sur le département depuis bientôt un an, ainsi que l’aide universelle, et d’en faire un premier bilan.
Les rappels théoriques
Les premiers intervenants ont apporté des éclairages théoriques sur les violences conjugales, en abordant son mécanisme et ses impacts sur les victimes et co-victimes. L’accent a été mis sur les dimensions psychologiques et comportementales chez les victimes. Ils ont également souligné qu’une relation d’emprise empêche le couple d’évoluer, faisant perdre à la victime son désir d’autonomie et l’entrainant dans un état de confusion.
« Le rôle du professionnel est d’aider la victime à mettre en mots ce qu’elle vit en s’appuyant sur le violentomètre. Il s’agit de lui faire prendre conscience de la situation à risque dans laquelle elle se trouve », a précisé Mme MACHU-POMMIER, conseillère conjugale PMI du CD 95. Ce processus de conscientisation peut prendre des années.
Le trouble de stress post traumatique (TSPT) est une des conséquences des violences conjugales, les symptômes apparaissent au minima plus d’un mois et jusqu’à plusieurs années après les faits. L’un des symptômes du TSPT est la dissociation : la personne se déconnecte émotionnellement pour ne pas réaliser ce qu’elle a vécu et donc éviter la mort psychique. « Lors d’auditions par exemple, certaines personnes, adultes ou enfants, n’expriment aucune émotion, et peuvent avoir des difficultés à relater la réalité des faits », a indiqué Mme CHAINE, psychologue de l’association Mon Ame Sœur.
Autres faits constatés dans les commissariats : « l’augmentation des violences réciproques, des femmes victimes depuis des années, se retrouvent à leur tour auteurs ; et le viol conjugal, qui est un sujet qui reste tabou du côté des femmes qui évoquent encore le devoir conjugal », a relevé Mme DAVI, intervenante sociale en commissariat.
2. L’agresseur
Le partenaire violent va toujours chercher à dominer l’autre par la peur, le contrôle permanent, la dépréciation et l’humiliation. Selon Madame ATTIGUI, coordinatrice de l’antenne pénale au de l’ARS 95, qui accompagne des auteurs placés sous-main de justice, la prise en charge de l’auteur, notamment lors de stage de responsabilisation, doit amener ce dernier à se poser des questions sur l’altérité (reconnaître l’autre en tant que tel), les faits reprochés et la responsabilisation.
Au cours de cette prise en charge des auteurs par l’ARS 95, un travail est également fait sur l’impact de la violence sur les enfants. Des instances de soutien à la parentalité peuvent être mis en place (sauf en cas de dangerosité et toujours dans l’intérêt supérieur de l’enfant) : parloir père/enfant, espace de rencontre médiatisée, entretien individuel avec chaque parent pour travailler la coparentalité.
3. La co-victime
La loi n°2024-233 du 18 mars 2024 visant à mieux protéger et accompagner les enfants victimes et co-victimes des violences intrafamiliales, reconnaît désormais le préjudice subi par l’enfant témoin de violences conjugales.
« L’enfant éprouve des peurs sans solution. Il active son système d’attachement mais aucune solution n’est proposée par sa figure d’attachement qui, prise dans une situation de violence, ne peut le sécuriser », a indiqué Mme GANZMANN, psychologue ASE, CD 95.
Au niveau des conséquences physiologiques et comportementales, l’enfant somatise (passages fréquents à l’infirmerie pour maux de ventre par exemple), et est très fatigué car impuissant face la situation. Il va également endosser un rôle (petit parent, confident, petit agresseur ou enfant modèle, …) car, faute d’aide extérieure, il recherche en lui-même les propres ressources pour se protéger, se sécuriser.
Les conséquences psychologiques sont variables en fonction de la victime mais non sans gravité : anxiété, trouble dépressif, hypervigilance, trouble du sommeil, déficit d’attention, hypersensibilité…
Les différents acteurs et dispositifs présents lors de cette journée
Lors de cette journée de sensibilisation, plusieurs partenaires sociaux étaient présents pour présenter les actions et/ou prises en charge destinées à l’accompagnement des victimes et co-victimes de violences conjugales et aux auteurs.
✔️ La MJD d’Ermont propose différentes permanences : consultations d’aide psychologique aux victimes du CIDFF et juridiques (1 avocat généraliste, 1 avocat spécialisé en droit du travail, 1 juriste CIDFF droit du travail, 1 notaire, 1 juriste ADIL). Prochainement, la MJD organisera des rencontres indirectes auteurs / victimes qui mettent en relation des auteurs et des victimes qui ne sont pas concernés par la même affaire et qui ne se connaissent pas.
✔️ Le bureau d’aide aux victimes du tribunal de Pontoise, où 4 juristes du CIDFF reçoivent toutes les victimes, même avant le dépôt de la plainte, pour les informer sur les procédures2 et leurs droits. Il évalue également les victimes qui ont besoin d’être protégées par la mise en place de mesures et dispositifs spécifiques : ordonnance de protection, téléphone Grave Danger, le bracelet anti rapprochement, … et peut instruire en urgence des demandes d’aide juridictionnelle pour organiser une ordonnance de protection.
✔️ L’ADIL 95 propose des consultations juridiques sur toutes problématiques liées au logement et à l’habitat et dispense des formations aux professionnels du secteur, notamment sur le thème des violences conjugales (conséquence de la séparation sur le logement, droit des victimes ,…).
✔️ La Clinique d’Orgemont accueille dans son hôpital de nuit (unité Mona Lisa) des femmes victimes de tout type de violences (intrafamiliales, violences au travail) pour un accompagnement par de la médiation thérapeutique afin de mieux gérer les symptômes de stress post traumatique : danse, sophrologie, relaxation, groupe de parole, espace bien-être (lit hydrojets, fauteuil de cohérence cardiaque, réalité virtuelle …).
✔️ L’hôpital de Pontoise propose des consultations pour lutter contre les violences : consultation de prévention de la santé de la femme afin d’aider à sortir des violences en favorisant une coordination dans le parcours de soin et consultation « sans réquisition » pour les personnes, hommes ou femmes, qui ne souhaitent pas déposer plainte (remise d’un certificat médical pour les démarches de séparation, de protection et/ou de plainte ultérieure).
✔️ Mon Ame Soeur propose un appui juridique et psychologique ainsi qu’une aide alimentaire, vestimentaire et matérielle. Les personnes suivies ont la possibilité de bénéficier d’ateliers proposés dans un centre de reconstruction (bien être, groupes de parole, recherche d’emploi, gestion du budget, …). Depuis peu, il existe également un centre de reconstruction dédié aux enfants (activités manuelles, jeux, expression corporelle, …)
D’autres acteurs, intervenant dans le domaine de l’hébergement, étaient également présents :
✔️ Action Logement : accompagne les femmes dans la recherche de solution de maintien dans le logement ou de relogement.
✔️ ESPERER 95 : gestionnaire de places alternatives à l’hôtel (ALTHO) et d’hébergements d’urgence dédiées aux personnes victimes de violences intrafamiliales.
✔️ APUI les Villageoises : gestionnaire de places allocation logement temporaire (ALT) dédiées spécifiquement aux femmes victimes de violences conjugales et d’hébergements d’urgence pour les personnes victimes de violences intrafamiliales.
✔️Un Abri qui Sauve des Vies qui est une association née d’un mouvement citoyen, qui propose des hébergements temporaires, chez des particuliers, aux personnes victimes de violences intrafamiliales.
Présentation par les équipes de la CAF et du SSD du Pack Nouveau départ (PND) et de l’aide d’urgence pour les victimes de violences conjugales (AVVC)
Le PND s’appuie sur l’existant, il fluidifie les dispositifs de droit commun. « C’est un outil de travail en réseau, un outil d’accélération des droits pour l’accompagnement social. »
Il s’adresse à toute personne souhaitant fuir des violences au sein de son foyer, résidant dans le Val-d’Oise et souhaitant maintenir son ancrage sur le territoire. Contrairement à l’aide d’urgence, il n’est pas nécessaire d’avoir déposé plainte (ou d’avoir une ordonnance de protection ou article 40 du CPP), ni d’être en situation régulière.
Le Circuit du PND :
1. les tiers détecteurs (CPAM, CIDFF, force de l’ordre, associations) s’engagent à envoyer des fiches de détections à la CAF ; cette dernière évalue la situation et en fonction, oriente vers un accompagnement des victimes de violences (CAF ou SSD) ou un autre accompagnement relevant du droit commun ;
2. la CAF et le SSD s’engagent à mettre en place un accompagnement social en utilisant des circuits privilégiés pour les ouvertures de droits et la mise en place d’un accompagnement juridique et judiciaire auprès des référents sectoriels (service prestations de la CAF, France Travail, CPAM, service des étrangers et service logement de la DDETS, 115,…
3. les référents sectoriels s’engagent à répondre aux sollicitations des référents sociaux de la CAF et du SSD.
Après presqu’un an d’existence sur le territoire, les professionnels du PND ont présenté un premier bilan de leur activité et des prises en charge réalisées.
Ainsi sur 501 situations détectées, 434 ont intégré le PND, 214 personnes ont été accompagnées par la CAF, 220 par le SSD et 13 situations sont en cours d’évaluation par la CAF. Sur les 434 personnes qui ont intégré le PND, 108 ont bénéficié de l’aide d’urgence pour les victimes de violences conjugales (AVVC). Cette aide, sous forme de subvention ou de prêt sans intérêt, est versée aux victimes afin qu’elles puissent quitter rapidement leur domicile et se mettre à l’abri.
Les problématiques généralement travaillées lors des accompagnements par le SSD sont l’accès aux droits (prestations familiales, droit au séjour) et aides financières (notamment pour l’alimentaire), l’accès à l’hébergement, au logement et la protection de l’enfance.
Sur l’ensemble des demandes d’intégration au PND, il y a eu 42 refus de prise en charge car hors critères : ménages qui vivent (ou qui ont un projet de vie) hors du département ou dont la situation est sécurisée (tout a été mis en place mais il perdure une situation d’intimidation ou de harcèlement).
Concernant les AVVC hors PND, il y a eu 567 bénéficiaires (549 subventions/18 prêts) pour un montant moyen de 896 euros (supérieur au montant moyen national).
En réunissant divers professionnels et acteurs du secteur social et médico-social, cet événement a permis de rappeler les mécanismes de la violence au sein du couple, tout en mettant en lumière les impacts dévastateurs sur les victimes et les co-victimes, notamment sur le plan psychologique et comportemental.
L’intervention des professionnels du Pack Nouveau Départ souligne la nécessaire approche coordonnée entre les différents dispositifs de soutien disponibles qui offrent un accompagnement essentiel pour les victimes.
Il est crucial de continuer à sensibiliser, former et interagir entre les différents acteurs afin de garantir une prise en charge adaptée et efficace. Seule une mobilisation collective permettra de briser le cycle de la violence et d’offrir aux victimes les ressources nécessaires pour retrouver leur autonomie et reconstruire leur vie.
À découvrir le podcast Des hommes violents
Immersion avec douze hommes condamnés pour violences conjugales et contraints par la justice de participer à un groupe de parole pendant six mois. Déni, témoignages, paroles de victimes. Un podcast documentaire en 6 épisodes de Mathieu Palain.
À écouter ici.
1Statut accordé aux enfants dans la loi n° 2024-233 du 18 mars 2024 visant à mieux protéger et accompagner les enfants victimes et co-victimes des violences intrafamiliales
2Le bureau d’aide aux victimes peut par ailleurs informer la victime de l’état d’avancement de la procédure la concernant
Kit « Orientation femmes victimes de violence » du Centre Hubertine Auclert
Ce kit, à destination des professionnels en contact avec les femmes victimes de violences, réunit :
✔️ une fiche-réflexe pour identifier, rassurer, accompagner et orienter les femmes victimes de violences ;
✔️ un poster de sensibilisation ;
✔️ une cartographie pour identifier les dispositifs associatifs spécialisés à proximité.
À télécharger en cliquant ici.
Kit de sensibilisation « Amour sans violence » des CIDFF
Créé par les équipes des Centre d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles (CIDFF), ce kit est destiné aux professionnels des structures « jeunesse ».
À télécharger en cliquant ici.
La Roue du pouvoir et du contrôle de l’Observatoire départemental des violences faites aux femmes de la Haute Garonne
Cet outil aide les victimes à identifier le comportement de leur agresseur. Deux niveaux de lecture : ce qui est « visible » pour l’entourage, et ce qui est moins apparent, qui se joue dans le cercle de l’intime.
À télécharger en cliquant ici.
Livret Victimes Pack Nouveau Départ de la Caf du Val-d’Oise
Présentant le dispositif, le livret intègre les contacts des différents organismes mobilisables.
À télécharger en cliquant ici.
Plaquette Permanences du CIDFF du Val-d’Oise
Retrouvez les lieux, les coordonnées et les types de permanences du CIDFF sur le territoire.
À télécharger en cliquant ici.
