Le Dispositif d’Hébergement d’Urgence en Appartements Est (DHUA) d’ESPERER 95 a organisé sa fête de fin d’année à la salle de l’Orangerie d’Eaubonne. Un temps convivial réunissant l’équipe, les familles accompagnées par le DHUA et plusieurs ménages de l’Hébergement d’Urgence pour Demandeurs d’Asile (HUDA).
Le dispositif a connu une dynamique importante, avec :
• 27 nouvelles places ouvertes en début d’année
• 55 places supplémentaires à Andilly cet été.
L’équipe, désormais bien structurée en deux secteurs EST / OUEST, a renforcé les actions collectives : ateliers thématiques, temps conviviaux et travail commun sur les procédures et la qualité d’accompagnement.
Pour clôturer cette année, près de 120 personnes se sont retrouvées autour de stands photos, maquillage, ateliers manuels, danse et d’une flash mob imaginée par l’équipe.
Créé en 2017 au sein d’ESPERER 95, le DHUA accueille des personnes et familles sans solution de logement.
✔ Une mission essentielle : garantir un hébergement digne et sécurisé, le temps de construire une solution pérenne (logement, insertion, CHRS…).
✔ Un hébergement en logement diffus :
✔ Un accompagnement global
Le DHUA accompagne les personnes vers :
Le DHUA accueille à 93 % des familles, majoritairement monoparentales.
Parmi les situations rencontrées :
Ce matin, le SIAO 95, porté par ESPERER 95, réunissait à l’Hôtel d’agglomération de Cergy-Pontoise de nombreux partenaires institutionnels, associatifs et acteurs de terrain pour sa Coordination Territoriale Semestrielle (CTS).
Un temps essentiel pour mettre en lumière les enjeux du terrain, partager les pratiques professionnelles, identifier les difficultés et activer collectivement de nouveaux leviers d’action au service des personnes victimes de violences conjugales.
Depuis deux ans, le paysage associatif du Val-d’Oise se réorganise pour mieux répondre aux besoins spécifiques des personnes victimes de violences conjugales. Parce que ces situations exigent une approche globale, adaptée et coordonnée, cette rencontre a permis de :
La circulaire du 25 novembre dernier, présentée par Christine GABEL, relative à l’organisation territoriale du parcours d’hébergement et de relogement des femmes victimes de violences signée par Aurore Bergé et Vincent Jeanbrun souhaite un cadre national obligatoire qui vient consolider des initiatives déjà mises en place sur le département.
Elle demande notamment :
Les violences conjugales demeurent un phénomène massif et préoccupant : En France, 272 400 femmes ont déclaré être victimes en 2024.
Leur prise en charge nécessite une attention accrue : sécurité, temporalité, protection des enfants, reconstruction psychique, accès au logement stable.
Les professionnels observent sur le Val d’Oise une évolution de 21% en 2 ans des personnes déclarées entre 15 et 64 ans :
Un public au croisement de multiples vecteurs d’inégalités (économiques, sociales, genrées).
Sous la responsabilité d’ESPERER 95, le SIAO 95 joue un rôle central dans :
« Cette question engage notre responsabilité collective : protéger, accompagner et permettre à chaque personne victime de violences de se restaurer dans des conditions dignes et sécurisées. La lutte contre les violences conjugales est une priorité des politiques publiques, et le SIAO, au titre de ses missions y contribue notamment à travers le protocole de mise à l’abri en vigueur depuis 2021»
— Véronique Pelissier, directrice du SIAO 95 – ESPERER 95
Les interventions ont rappelé que chaque situation est unique, sans “profil-type”, et que la temporalité des démarches doit impérativement être respectée pour éviter les retours à la violence.
Thèmes abordés :
Merci à LEAO Mon Âme Sœur, CHRS/CHU Le Phare – Aurore, Maison de Protection des Familles – Gendarmerie Nationale, CIDFF 95.
Ce second échange a porté sur les dispositifs et leviers permettant une reconstruction pérenne :
Intervention des structures : Pôle Justice, Emploi & Formation d’ESPERER 95 (accompagnement des auteurs), Val d’Oise Habitat, APUI Les Villageoises, Service social du Département du Val-d’Oise.
Enjeux soulignés :
QUAND L’ACTION CITOYENNE DEVIENT UN LEVIER CONTRE LES PRÉJUGÉS
Cet atelier, imaginé avec Lionel, stagiaire social au sein de l’accueil de jour d’ESPERER 95, est né d’une volonté simple mais essentielle : vivre dans un environnement propre et agréable, et mettre fin à l’idée selon laquelle les personnes à la rue seraient responsables de l’insalubrité du quartier. Les participants l’ont exprimé clairement : ils veulent être reconnus pour ce qu’ils font, pas pour ce qu’on leur reproche.
Un atelier qui va bien au-delà du nettoyage : il interroge nos représentations, valorise l’engagement citoyen et redonne de la fierté à celles et ceux qui y participent.
UN MOMENT D’ACTION, DE COHÉSION ET DE SENSIBILISATION
Pendant 45 minutes, six citoyens accompagnés de deux travailleurs sociaux ont parcouru la zone Francis-Combe. Ramasser, trier, déposer les déchets dans les poubelles publiques : un parcours simple, mais révélateur d’un véritable engagement citoyen. À l’issue du nettoyage, un temps de débrief a permis d’échanger sur la propreté urbaine, les conditions sanitaires, mais aussi de partager leurs ressentis après cette première expérience.
Le résultat : près de 15 grands sacs de déchets ramassés en moins d’une heure. Un chiffre qui illustre à la fois l’ampleur de l’insalubrité… et la force collective de cette action citoyenne. Ces ateliers seront reconduits chaque mois pour maintenir la dynamique et poursuivre la sensibilisation auprès des personnes accueillies, mais aussi des habitants du quartier.
CHANGER LE REGARD : LA PAROLE AUX PARTICIPANTS
« On ne nous a pas éduqués comme ça » — David, 45 ans
David, qui vit à la rue, revendique des valeurs profondément ancrées :
« J’ai reçu une éducation stricte avec un beau-père militaire, avec de belles valeurs transmises par lui et par ma mère. Le respect et les bonnes valeurs, ça se perd. Ce n’est pas normal de polluer comme ça. On ne nous a pas éduqués comme ça. Le respect des autres, c’est important, et ça passe aussi par ne rien jeter par terre. ».
Pour lui, participer allait de soi : « Nettoyer son environnement, c’est une action citoyenne de valeur, mais aussi ma manière d’exprimer ma reconnaissance à ESPERER. Je l’ai fait avec le cœur. Et si c’était à refaire, je serais toujours partant. »
« On se croise tous les jours, mais on ne se parle pas » — Bryan, 25 ans
L’atelier a aussi permis de créer du lien, un élément essentiel pour ceux qui vivent un quotidien difficile : « On ne se connaissait pas. On se croise tous les jours ici, mais on ne prend pas le temps de se parler. Cet après-midi a permis de créer du lien, de partager. C’est la cohésion, et on en a besoin. »
« C’est pas nous qui salissons le plus » — Cristian, 23 ans
Cristian résume en quelques mots un enjeu majeur : la stigmatisation. « Ça permet de bien nous faire voir auprès du quartier, c’est pas nous qui salissons le plus. Déjà, ça fait propre pour nous et pour ceux qui passent. »
Il garde de ce moment un souvenir chaleureux :
« Franchement, bonne ambiance. Chacun s’est aidé, on a parlé, on a bien rigolé. C’était cool. J’ai apprécié. »
UNE ACTION CITOYENNE QUI REDONNE CONFIANCE
Au-delà du nettoyage, ces ateliers sont des moments de reconstruction, de confiance et de reconnaissance mutuelle. Ils permettent aux personnes accueillies de se sentir utiles, visibles autrement et pleinement actrices de la vie du quartier. Une démarche citoyenne, sociale et profondément humaine, qui sera renouvelée chaque mois pour poursuivre le changement de regard.
61 % des personnes interrogées déclarent avoir des difficultés à accomplir leurs démarches administratives,
Le nombre de personnes rencontrant des problèmes pour contacter l’administration a doublé depuis 2016,
21 % des usagers déclarent avoir subi une discrimination (origine, nationalité, catégorie d’emploi). Parmi eux, 50 % renoncent à initier des démarches.
Près d’une personne sur quatre renonce à faire valoir un droit, principalement en raison de la complexité des démarches et des difficultés de résolution des problèmes rencontrés.
« Cette enquête documente ce que le Défenseur des droits constate chaque jour dans les permanences de ses délégués, sur ses lignes téléphoniques, dans ses échanges avec les réclamants : l’éloignement des services publics, avec des difficultés qui minent la confiance envers les institutions et provoquent trop souvent le renoncement aux droits. », constate Claire Hédon, Défenseure des droits.
Constat de terrain : les équipes d’ESPERER 95 alertent
Chaque jour, les équipes d’ESPERER 95 observent les mêmes difficultés. L’accès aux droits, pourtant essentiel pour améliorer les situations des personnes accompagnées, devient de plus en plus complexe.
« Depuis plusieurs années nous alertons sur l’impact concret de ces difficultés et nous dénonçons l’effet de la dématérialisation et de la fracture numérique. D’une part, la complexité administrative freine les parcours d’insertion et exclut des milliers de personnes de leurs droits fondamentaux, ce qui porte atteinte à la dignité des personnes qui restent mises à l’écart de la société pour des raisons administratives. D’autre part elle embolise les dispositifs d’accueil, empêchant de répondre aux besoins croissants, ce qui laisse de nombreuses personnes sans solutions d’hébergement », déplore Gaëlle Artifoni, directrice générale d’ESPERER 95.
La lourdeur des démarches administratives entraîne parfois un décrochage total des ménages.
Les délais de réponse des administrations s’allongent considérablement, avec des conséquences graves :
Les demandes d’AME doivent souvent être déposées plusieurs fois avant d’obtenir une réponse.
Les boîtes mail des partenaires sont saturées.
Les demandes de RSA auprès de la CAF peuvent prendre jusqu’à 9 mois.
Les rendez-vous en préfecture pour une admission exceptionnelle au séjour peuvent être fixés jusqu’à 18 mois après le dépôt du dossier.
Les renouvellements de titres de séjour connaissent également des délais prolongés.
Ces délais entraînent des périodes d’attente prolongées pour l’obtention de documents essentiels (titres de séjour, cartes de couverture sociale, etc.), bloquant l’accès aux droits sociaux et aux soins. Cela perturbe les dispositifs d’hébergement et de mise à l’abri : les personnes restent en hébergement d’urgence (hôtels, CHU) alors qu’elles pourraient prétendre à d’autres dispositifs, voire à un logement pérenne.
Ces phénomènes aggravent les difficultés des familles et renforcent leur sentiment de précarité, rendant l’accompagnement encore plus complexe pour les équipes. Face à ces constats alarmants, il est urgent de réaffirmer que l’accès aux droits ne doit pas être un privilège. Il est essentiel de garantir un accès équitable aux services publics.
Cette alerte dépasse le seul périmètre associatif : c’est tout l’écosystème des acteurs du lien social de proximité — associations, collectivités locales, services publics… – qui se fragilise.
Maillons invisibles du fonctionnement social, ils permettent à la société de rester humaine : ils préservent la cohésion, garantissent la solidarité, font vivre la démocratie de proximité et ouvrent des chemins d’avenir là où l’Etat seul ne peut répondre. Ils écoutent là où la défiance s’installe, réparent là où le système ne répond plus, et incarnent une proximité essentielle à la cohésion sociale. Sans eux, c’est tout un équilibre social, humain et territorial qui s’effondre.
Or, les signes d’alerte se multiplient : des citoyens qui s’isolent, des solidarités qui s’effritent, des services de proximité qui disparaissent, des acteurs de terrain qui s’épuisent. Et partout, la même réalité : ça ne tient plus.
Affaiblir ces acteurs du quotidien, c’est affaiblir notre capacité collective à faire société. Ce n’est plus seulement une question de moyens : c’est une crise du sens et de reconnaissance pour celles et ceux qui font vivre la cohésion sociale au plus près des citoyens.
2,4 millions de personnes ont recours à l’aide alimentaire,
2 159 enfants dorment à la rue, dont 503 ont moins de trois ans,
un taux de pauvreté augmente (une première depuis 1996).
Dans le même temps, les financements baissent, les aides se fragmentent et les structures locales se réduisent. Le Monde le rappelait en août 2025 : « Le désengagement croissant de l’État et des collectivités fragilise l’ensemble du tissu social et met en danger les acteurs qui tiennent encore le quotidien des citoyens. ». Une alerte partagée par la Fédération des centres sociaux et la Banque des Territoires, qui appellent à une coresponsabilité entre pouvoirs publics, associations et citoyens pour refonder la cohésion sociale.
Dans le Val-d’Oise, ESPERER 95 agit depuis 45 ans aux côtés des plus fragiles.
Chaque jour, 330 salarié·es et de nombreux bénévoles accompagnent des personnes en situation de vulnérabilité pour co-construire avec eux un projet de vie stable.
Mais nous ne sommes pas seuls : c’est grâce à cet écosystème que les personnes que nous accompagnons peuvent, pas à pas, se reconstruire. Ensemble, nous retissons du lien, créons des espaces de confiance et faisons vivre la solidarité. Ce réseau d’acteurs est le socle invisible de la cohésion sociale — un bien commun qui mérite d’être reconnu et soutenu.
Chez ESPERER 95, nous croyons qu’il est encore possible de faire société autrement : en soutenant les acteurs du lien, en replaçant la solidarité au cœur du projet collectif,et en affirmant que la cohésion sociale se construit localement, à hauteur d’humain.
Ce qui tient la société, ce ne sont pas les seuls équilibres budgétaires : ce sont les femmes et les hommes qui tissent du lien chaque jour.Les soutenir, c’est préserver ce qui nous relie encore : la solidarité, la confiance et la capacité à faire société.
En savoir plus sur la mobilisation du Mouvement Associatif : www.canetientplus.org
L’enquête menée par le SIAO 95 a été réalisée suite à la Coordination Territoriale Semestrielle de novembre 2024. L’enquête s’est faite via un questionnaire. L’objectif est d’exposer les enjeux et problématiques liés à l’accueil d’un public vieillissant dans des établissement ou dispositifs relevant du secteur Accueil-Hébergement-Insertion (AHI).
Le public visé par cette enquête concerne les personnes de 60 et plus. Nous avons également pris en compte les publics en perte d’autonomie liée à un vieillissement prématuré. Ce choix s’explique par le fait qu’un parcours de rue dégrade la santé des personnes et peut provoquer un vieillissement prématuré.
Sur les 54 répondants, 59% constatent une évolution liée à l’âge des personnes accompagnées. Parmi ces derniers, 53% notent l’augmentation de la moyenne d’âge de leur public, 53% observent un vieillissement prématuré et 72% que la présence de ce public engendre des problématiques et besoins nouveaux.
65% des répondants accueillent des personnes vieillissantes ou en perte d’autonomie liée à un vieillissement prématuré. Les 35% restants n’accueillent pas ce public pour deux raisons : la moitié car ce public ne correspond aux missions attribuées, l’autre moitié car ils n’ont pas reçu d’orientation pour ce public.
La part que représente ce public dans l’ensemble du public est variable selon le type de structures. Les maisons relais ont une part plus importante de résidents vieillissants. Ils constituent moins de 10% de l’ensemble des personnes accueillies pour 43% des répondants accueillants ce public, 31% comptent entre 10 et 20% de personnes vieillissantes, 17% comptent entre 20 et 30% de leur public étant vieillissant. Enfin, 9% des répondants déclarent avoir plus de 30% de personnes vieillissantes au sein de leur structure. Si ce public n’est pas majoritaire, plus de la moitié des répondants comptent au moins 10% de personnes vieillissantes dans leur public.
Afin de saisir les besoins et enjeux autour de l’accompagnement de personnes vieillissantes en situation de précarité, nous avons demandé aux personnes enquêtées les difficultés rencontrées par la présence de ce public.
Quelle(s) type(s) de difficultés rencontrent elles majoritairement ?
(Plusieurs réponses possibles)
Les réponses à cette question montrent la multiplicité des problématiques auxquelles sont confrontés le public vieillissant et, par conséquent, les travailleurs sociaux les accompagnant. En effet, nous observons que chaque problématique identifiée est rencontrée par au moins 40% des répondants. Cela implique la mise en place d’un accompagnement plus lourd et chronophage pour répondre aux vulnérabilités de ce public, ce qui laisse moins de temps à consacrer aux autres personnes.
Afin de mesurer les implications quant à la présence de ce public sur les l’activité des professionnels et l’organisation des structures, nous avons laissé un champ d’expression libre. Trois grandes tendances émergent :
20% des répondants déclarent ne pas avoir réalisé d’adaptation au sein de leur structure, notamment en raison d’un manque de moyens humains ou financiers. Pour les autres répondants qui accueillent un public vieillissant, plusieurs ajustements ont été mis en œuvre afin d’améliorer les conditions de prise en charge de ces personnes. 65% déclarent avoir réorganisé leur service afin de dégager du temps spécifiquement dédié à l’accompagnement de ce public. Enfin, 6% des répondants ont recruté un professionnel formé aux problématiques médicales de ce public.
Les professionnels de l’AHI ont créé de nouveaux liens partenariaux avec le secteur médical pour répondre aux problématiques de santé propres à ce public. Ainsi, ils se tournent vers les Appartements de Coordination Thérapeutique hors-les-murs (ACT HLM), les Equipes Mobiles Santé Précarité (EMSP) ou encore des auxiliaires de vie. Cela montre que les acteurs du secteur AHI ont su mobiliser des partenaires afin d’améliorer la prise en charge de ce public. Cependant, ce phénomène appelle également une réponse plus structurelle pour éviter les inégalités de traitement. En plus des partenariats avec le secteur médical, des relations se sont créées avec des acteurs dans le champ de la gérontologie comme la Maison Départementale pour les Personnes Handicapées (MDPH), le CCAS ou encore les services d’aide à domicile.
Pour 71% des répondants accueillant un public vieillissant, la durée moyenne de prise en charge dépasse les 2 ans, et pour 17% d’entre eux, l’accompagnement dure entre un et deux ans. Seuls 12% des répondants déclarent que la durée moyenne d’accompagnement est inférieure à une année. Parmi les raisons pour lesquelles l’accompagnement social s’interrompt, 51% des répondants évoquent le décès des personnes accompagnées. Si cela existait auparavant, cette question devient un sujet à part entière et impacte mentalement les autres personnes accompagnées et les professionnels. La deuxième raison qui revient le plus est l’hospitalisation des personnes, évoquée par 41% des répondants.
Pour quelles raisons les personnes vieillissantes ou en perte d’autonomie (liée à un vieillissement prématuré) quittent-elles ou ne sont plus accompagnées par votre structure ?
Notre enquête avait également pour objet l’orientation de ce public vers d’autres dispositifs. L’orientation et l’insertion de ce public sont spécifiques en raison de leur âge. L’insertion professionnelle est compliquée, voire impossible. Cela a des conséquences sur la perspective de sortir de la précarité ou en termes de régularisation par le travail. Cela nécessite de penser l’insertion par d’autres voies que l’axe professionnel, ce qui reste un défi constant pour les équipes du secteur AHI.
46% des répondants mettent en place un travail partenarial avec les structures vers lesquelles les personnes sont orientées afin de favoriser un accueil réussi in situ. Les motifs de refus des structures ne sont pas spécifiques aux personnes vieillissantes. En effet, la santé mentale est la première raison évoquée pour motiver le refus d’une orientation. A l’instar des structures relevant du secteur AHI, la prise en charge des troubles psychologiques fait défaut et complexifie le parcours des personnes vieillissantes, bien que cela ne soit pas propre à ce public. Les autres raisons sont les addictions, la régularisation des personnes et le manque de places, constat partagé sur l’ensemble des publics du secteur AHI. En revanche, l’un des motifs de refus spécifique à ce public est l’âge. En effet, un parcours d’errance abîme les corps et provoque un vieillissement prématuré. Cependant, cette donnée n’est pas prise en compte pour un accueil dans un EHPAD par exemple, avec 43% des répondants qui déclarent connaitre des difficultés dans l’orientation des personnes vers ce type d’établissement. Cela pose une problématique plus large. Dans les cas où ils ont vécu un long parcours d’errance, le public vieillissant du secteur AHI ne connait pas le même vieillissement biologique que la population générale. Or, les dispositifs et aides sociales ne sont pas adaptés à cette réalité ce qui complexifie la prise en charge de ces personnes.
Par ailleurs, on observe deux motifs principaux de refus venant des personnes pour une orientation vers un établissement d’hébergement adapté à la situation de personnes précaires vieillissantes. 51% des répondants ont vu une proposition d’orientation échouer en raison d’une minimisation des problématiques de santé de la personne concernée. De plus, 34% des répondants déclarent que des orientations ont été refusées par les personnes accompagnées car celles-ci ne souhaitaient pas s’adapter au fonctionnement de la structure proposée. Cela démontre qu’une orientation seule n’est pas suffisante et que l’accompagnement des publics en perte d’autonomie nécessite un travail en amont de l’orientation.
86% des personnes enquêtées souhaitent la création de structures spécialisées pour personnes précaires en perte d’autonomie. Idéalement, ces structures devraient proposer un accompagnement médical, tant sur le plan psychologique que physique, avec une attention portée aux conduites addictives. En effet, la question des addictions est souvent rédhibitoire pour l’orientation de ce public. Créer des places avec un accompagnement médical et social renforcé, couplé à un accueil “bas seuil” semble une solution cohérente pour couvrir l’ensemble des situations.
L’enquête menée par le SIAO 95 met en lumière une évolution nette du profil des personnes accompagnées dans le secteur AHI : le vieillissement — qu’il soit biologique ou prématuré — s’impose désormais comme une donnée structurelle. Cette transformation complexifie l’accompagnement social et sanitaire, en raison d’un empilement de vulnérabilités (perte d’autonomie, isolement, troubles cognitifs, etc.) qui mobilisent fortement les professionnels, souvent au-delà de leur champ de compétences initial.
Face à ces constats, les équipes du secteur font preuve d’adaptabilité et de créativité, en réorganisant leurs actions et en développant des partenariats, notamment avec les acteurs du soin et de la gérontologie. Mais ces ajustements ne suffisent plus : les réponses apportées demeurent inégales et trop souvent dépendantes des ressources locales ou de l’initiative des équipes. Il est donc urgent de penser une réponse structurelle, inscrite dans une politique publique cohérente, pour que le vieillissement des personnes en situation de grande précarité ne rime pas avec relégation ou isolement.
Enfin, la création de dispositifs d’accueil médico-sociaux adaptés à ces parcours de vie fragilisés apparaît comme une attente forte et partagée par les acteurs du territoire. Il s’agit, au fond, de reconnaître la dignité de chacun, quel que soit son âge, son état de santé ou la violence de son parcours.
Au 31.12.2024, le SIAO 95 a recensé 2 098 demandes d’insertion pour des personnes seules, soit 47% du nombre total des demandes d’insertion en cours.
67 % de ces demandeurs sont des hommes.
Au 31.12.2024, ce sont 2 402 places disponibles sur le département pour l’accueil de public isolé. Elles se répartissent comme suit :
✔️ 740 places en Centre d’Hébergement d’Urgence (CHU) et Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale (CHRS) dont les critères d’accueil sont proches de l’inconditionnalité ;
✔️ 1 662 places sur le périmètre logement intermédiaire dans des structures de type Résidence Sociale, Foyer Jeune Travailleur, Maison Relais, Résidence Accueil… Les critères d’accès sont conditionnés à la régularité du séjour sur le territoire, des ressources stables, une situation administrative à jour et une certaine autonomie pour la gestion de la vie quotidienne.
Au cours de l’année 2024, le SIAO a été sollicité pour des situations concernant des personnes dites « grands marginaux ». Il s’agit de personnes en rupture totale avec les dispositifs d’hébergement habituels, notamment le 115, vivant à la rue sans solution, parfois depuis plusieurs années. Les signalements de femmes seules sont en augmentation ; leur vulnérabilité est d’autant plus accentuée lorsqu’elles sont en situation de prostitution. Au total, 60 situations ont été signalées au SIAO.
Un travail de coordination entre les partenaires de terrain, les maraudes et les équipes mobiles du territoire et, entre les services urgence et insertion du SIAO a été opéré tout au long de l’année 2024 afin d’essayer de trouver des orientations adaptées et d’assurer un suivi de public très précaire. Notre expertise sur le sujet de la grande marginalité, nous permet de mettre en lumière qu’entre les besoins constatés sur le terrain et l’offre d’hébergement disponible, il existe trop peu de places adaptées à ces publics sur le territoire.
Le rapport d’activité de 2023 avait révélé un manque de places pour la mise à l’abri du public isolé dans le département. En 2024, il y avait 38 places disponibles (en abri de nuit), dont 4 places à orientation maraude.
La période estivale 2024 a permis de dénombrer deux cents personnes sans domicile fixe vivant au sein de l’aéroport Roissy Charles-de-Gaulle. Composé majoritairement d’isolés et de quelques familles, ce public identifié comme « grands marginaux » n’a peu ou pas fait appel au service de mise à l’abri du département. Afin de leur proposer des conditions de vie décente et un temps de répit, la DDETS a acté l’ouverture de deux dispositifs visant à les mettre à l’abri. Ces derniers ont été déployés à des temporalités différentes, avec le 115 comme chef d’orchestre et pour partenaire la Croix-Rouge française.
Ainsi, début avril 2024, 3 places à l’hôtel ont été captées non loin de l’aéroport, afin que la maraude de la Croix-Rouge française puisse y orienter, pour quelques nuits, les ménages rencontrés sur le site. Ces places ont permis d’abriter sur l’année 2024, 235 personnes soit 142 personnes différentes. La durée moyenne de mise à l’abri a été de 4,42 jours.
Le second dispositif, qui a débuté à la mi-avril, a permis au 115-95 de disposer de 30 places en hôtel, via la plateforme de réservation hôtelière, afin de mettre à l’abri des ménages de façon pérenne et de proposer, par la suite, une solution d’hébergement adaptée à la situation de chacun.
Il est important de souligner que, bien que le public isolé ne soit pas toujours prioritaire pour la mise à l’abri hôtelière, l’ouverture de nouvelles places sur le territoire est essentielle. Cela démontre un engagement pour améliorer les conditions d’accueil et répondre aux besoins de ce public vulnérable.
Les isolés sont particulièrement concernés par les DNP (Demandes Non Pourvues), comparativement aux autres compositions familiales. En 2024, le taux d’attribution* d’une place pour une personne isolée est de 18% contre 41% pour les ménages « non isolés ».
Plusieurs facteurs expliquent cette situation. Premièrement, les critères de priorisation sont en faveur des ménages avec enfant(s), à plus forte raison quand il y a un enfant de moins de 3 mois. Le second élément explicatif est structurel, puisque nous comptons un déficit important entre le nombre de demandes venant de personnes isolées et le nombre de places dévolues à ce public. En termes de catégorie d’âge, les personnes de 65 ans et plus sont des personnes isolées pour 89% d’entre elles. Il y a là un réel enjeu autour de l’autonomie et l’isolement de ces personnes. Enfin, parmi les isolés, nous observons la présence de “grands marginaux”. Ce public a un long parcours d’errance et se retrouve éloigné des services sociaux et médicaux. Si des places devaient être créées pour des isolés, prendre en compte les grands marginaux semble particulièrement pertinent, à l’instar du dispositif Nouveau Toi(t) à Bezons, porté par l’association AURORE (pour savoir plus, retrouvez l’article Accompagner autrement les grands marginaux : l’accueil à « bas seuil » en cliquant ici).
* Le taux d’attribution exprimé en pourcentage donne le taux de réponses positives données aux ménages sur l’ensemble des ménages en demande.
Dans le cadre de ce bulletin d’information dédié aux isolés, nous souhaitons vous présenter un dispositif peu commun permettant d’offrir une place pérenne à des personnes ayant un long parcours d’errance.
NOUVEAU TOI(T) DE BEZONS, UN ACCUEIL À “BAS SEUIL”
Un long parcours d’errance provoque des ruptures profondes, des troubles psychologiques ou encore des problématiques de santé. Les grands marginaux sont un public souvent éloigné des dispositifs d’aide sociale et médicale. Face à ce constat, l’association AURORE a développé une offre d’hébergement leur étant spécifiquement dédié. Le dispositif Nouveau Toi(t) s’appuie sur 2 pavillons qui ont une capacité d’accueil de 10 personnes (hommes et femmes). La spécificité de ce lieu est son accueil dit à “bas seuil”. Cela signifie que les critères d’admission sont souples afin de pouvoir accompagner des personnes aux problématiques multiples. Le seul critère à respecter est le souhait exprimé par la personne de vouloir intégrer une structure d’hébergement collectif. Enfin, les résidents peuvent retourner à la rue pour quelques jours sans perdre leur place au sein de de l’établissement. L’objectif est de lever tous les freins à l’entrée en hébergement.
La seconde spécificité de ce centre d’hébergement réside dans la manière de prendre en charge les personnes accueillies. La notion d’insertion est envisagée le plus largement possible. Elle peut passer par un investissement de la personne dans la vie du centre ou dans des projets artistiques. L’équipe inscrit son action dans une démarche de réduction des risques vis-à-vis des conduites addictives, par l’écoute et la prévention. En cas de rupture provisoire du parcours d’hébergement, et ce, quelle qu’en soit la raison (incarcération, exclusion temporaire, hospitalisation), le suivi social avec la personne est maintenu afin d’éviter d’autres formes de ruptures. Enfin, il n’existe pas de durée limite de séjour. Avec cet accompagnement souple pour les résidents, mais conséquent en termes de moyens humains et financiers, l’objectif est de proposer des solutions de logement de droit commun aux résidents qui y sont prêts.
Cette structure s’inscrit dans une stratégie plus large de la part de l’association AURORE pour accueillir les grands marginaux, qui a inauguré un nouveau centre d’hébergement à Nantes leur étant destiné.
LE CENTRE D’HÉBERGEMENT MELLINET, PLUS QU’UN TOIT
Le 25 avril 2025, le centre d’hébergement Mellinet a été inauguré à Nantes. Les nouveaux locaux sont le fruit d’un travail partenarial entre le bailleur social Atlantique Habitation, les résidents et les équipes de l’association AURORE, gestionnaire de ce centre d’hébergement comptant 50 personnes. Cette structure est comparable à celle présentée ci-dessus. Il s’agit donc d’un accueil à “bas seuil”, avec la volonté de maintenir le suivi social en cas d’hospitalisation ou d’incarcération. Les travailleurs sociaux de ce dispositif tentent autant que possible de s’ouvrir vers l’extérieur afin de favoriser l’inclusion sociale de ces personnes et d’éviter les phénomènes d’isolement une fois qu’ils sortent du dispositif. AURORE a également noué un partenariat avec l’association “Vétérinaires pour tous”, qui soigne les animaux des résidents, avec des acteurs institutionnels (comme la Ville de Nantes) ou du champ de la santé (équipes mobiles de psychiatrie ou dispositifs d’addictologie) afin d’apporter une réponse complète à la multiplicité des parcours des grands marginaux.
Retrouvez plus d’informations sur le développement des centres d’hébergement à destination des grands marginaux gérés par l’association AURORE, en cliquant ici.
